le theatre numerique remplace le theatre municipal

Où monsieur et sa madame Dufric ont acquis leur nouvelle maison à la campagne





Où monsieur et sa madame Dufric ont acquis leur nouvelle maison à la campagne

il espèrent une sacrée plus-value



Monsieur et Madame Dufric devant leur nouvelle maison en pierres. Accompagnés du frère de Monsieur Dufric. Est visible : une voiture d’un modèle « français moyen voulant montrer sa réussite. »

Dufric-conseil : - Ça, vous pouvez me remercier ! Le jour où le marché va se retourner, tu vas faire une sacrée plus-value !
Mme Dufric, en regardant son mari : - On peut dire qu’il est avantageux d’avoir un frère dans les hautes sphères de l’E.D.F.
Dufric-conseil : - R.T.E, réseau du transport de l’électricité, ma belle-sœur préférée. Nous sommes désormais totalement indépendants de l’E.D.F, électricité de France.
M. Dufric : - Peu importe le nom, pourvu que tu nous éclaires.
Dufric-conseil : - Un jour il faudra que tu arrêtes avec cette blague ! tout le monde ne peut pas être expert comptable !... Vous l’avez vraiment eue pour une bouchée de pain... je regrette presque de ne pas l’avoir achetée !
M. Dufric : - Bin toi ! tu n’en aurais pas assez des maisons !
Dufric-conseil, très fier : - Abondance de pierres ne saurait nuire.
Mme Dufric : - Et s’ils la font, la ligne à très haute tension ?
M. Dufric : - Mais il faut être des ploucs pour craindre l’électricité.
Dufric-conseil : - J’y compte bien qu’on va la faire cette ligne. Ce n’est pas quelques ploucs qui vont nous détourner de notre historique mission d’irrigation du progrès dans toutes les contrées. Tout enfant qui naît en France a le droit de bénéficier de notre technologie de pointe.
Mme Dufric : - J’aimerais quand même pas que tu viennes me planter un poteau dans le jardin. Ce ne serait pas convenable.
Dufric-conseil : - Je te l’ai dit : le tracé définitif a été décidé en commission. Et il passe à plus de cinq cents mètres de votre nouvelle résidence de campagne. Tu ne la verras presque pas.
M. Dufric : - Je ne comprends pas pourquoi vous laissez faire tout ce remue-ménage ?
Dufric-conseil : - Le pays veut cela ! Il faut permettre aux gens de s’exprimer ! Tant qu’ils font ça, ils ne fomentent pas de révolutions ! Et ça permet à quelques petits notables locaux de se faire mousser ! ça donne du travail aux médias ! Les français ont besoin de polémiques !
M. Dufric : - Que de temps perdu ! Il suffirait d’envoyer quelques excités en prison !
Dufric-conseil : - Mais les excités... personne ne les verra ! Les médias influents sont naturellement de notre côté ! On leur achète suffisamment de pages de pubs ! Tu verras les articles ! Ils peuvent se réunir ! Le lendemain dans le journal, le compte-rendu donne la parole à nos amis, aux pro-THT. De toute manière, l’opposition est tenue en main par des petits notables auxquels il suffira de remettre une petite médaille pour qu’ils retournent leur veste... De toute manière, c’est comme ça maintenant, il faut faire croire aux gens qu’ils ont leur mot à dire. La participation ! Comme s’ils y connaissaient quelque chose, ces ploucs. Tu les as déjà vus, tes voisins ?
Mme Dufric : - J’ai cru visiter un zoo ! Si tu voyais leur tenue, aucun style !
M. Dufric : - Oh celle-là, il faudra que je la replace !... Tout est décidé... mais tu nous feras quand même donner un beau pactole pour les « nuisances », comme on dit.
Dufric-conseil, en souriant : - Pardi ! Les cons qui te l’ont vendue ! si un jour ils apprennent qu’on t’a donné le prix de vente comme dédommagement des « nuisances », comme ils bavent !
M. Dufric : - T’es vraiment le roi des magouilleurs !
Dufric-conseil : - Pardi ! Puisqu’on a un budget « dédommagements », on ne va quand même pas en faire profiter ces ploucs.
M. Dufric : - Ils ne sauraient même pas quoi en faire ! Ils ont des voitures, je croyais que ça n’existait plus que dans les musées.
Mme Dufric : - Mais tu es certain que ce n’est pas dangereux, la très haute tension ?
Dufric-conseil : - Tu me vois, en pleine forme !
Mme Dufric : - Mais tu ne vis pas à côté d’une ligne !
Dufric-conseil : - Tu ne vas quand même pas écouter la propagande des ennemis du progrès. Toutes les études sérieuses démontrent qu’il n’y a aucun cas où l’exposition à une ligne à très haute tension peut être considérée comme la cause d’une maladie. Qu’ils viennent nous le prouver, les brailleurs. Aucun cas je te dis.
M. Dufric : - De toute manière, s’il y en avait un, il serait classé secret défense !
Dufric-conseil : - Oh ! Comment tu nous considères ! Offre-moi plutôt le champagne ! Tu sais bien que nous prenons grand soin des populations, que nous sommes au service de l’indépendance énergétique de la France... Tu as bien vu, quand il s’agissait d’essais nucléaires, on ne les faisait pas en France.
M. Dufric : - Oui, on va trinquer à la santé de ces héritiers qui ont déserté ce petit coin de paradis... j’en deviens poète quand je vois cette verdure. Le notaire m’a dit qu’il y a même un chêne bi-centenaire. Ou un marronnier. Enfin, il y a un arbre bi-centenaire. Un homme charmant, ce notaire. Le seul que j’ai vu pour l’instant dans ce pays. Je lui demanderai de me présenter l’américain.
Dufric-conseil : - On va trinquer au vieux qui serait dégoûté s’il savait. Il a trimé toute une vie pour que ses gosses se chamaillent et se laissent dévorer par le grand vautour ! C’est la vie !
Mme Dufric : - Je le dis toujours : quand on a des enfants, il faut absolument tout régler de son vivant, et surtout pouvoir leur transmettre à chacun une maison. Comme ça, maintenant, les enfants ont chacun leur maison pour plus tard.

Très fiers de leur réussite, ils avancent vers la porte de la maison.


tableau 3 : Devant son gîte rural le propriétaire discute avec un jeune